Les secrets du boulevard zola !

En plein cœur du centre historique d’Aix-en-Provence, se situe la Boca Loca un restaurant mexicain dont la renommée n’est plus à faire.

DEUX ZOLA POUR UN BOULEVARD !

Saison 5, épisode 2

Jean-Yves, le prof

A Aix, le boulevard Zola marque le début de la route des Alpes, en partant de la place Bellegarde. Ce boulevard s’appelle en réalité « François et Emile Zola », même si, pour beaucoup, il semble destiné à honorer avant tout Emile, l’écrivain. Or, à l’origine, ce boulevard s’appelait uniquement, depuis 1868, François Zola, rendant ainsi hommage au père, en lui donnant le nom d’une route nouvelle, en périphérie de la ville d’alors, avant qu’Aix, plus tard, en 1938 seulement, n’y ajoute le prénom du fils.

Le père est moins connu, même si les Aixois connaissent tous le barrage Zola et le canal du même nom. Francesco Antonio Giuseppe Maria Zolla (devenu Zola en 1830) est né à Venise le 7 août 1795. Il a d’abord eu une carrière de militaire, dans le Royaume d’Italie sous le premier Empire, puis dans un régiment de l’armée autrichienne du Royaume lombardo-vénitien. Parallèlement, il a suivi des études d’ingénierie, quittant l’armée en 1821. Il supervisa la création d’une ligne de chemin de fer en Autriche. Après être passé par la Hollande, puis la Grande-Bretagne, il s’installa en France, sous le nom de François Zola. Engagé dans la Légion étrangère, parti en Algérie, il débarque à Marseille en 1833, comme ingénieur de travaux publics. Marié en 1839 à une Française, leur fils Emile naitra à Paris en 1840, et ça n’est donc que plus tard qu’il s’installera enfin avec sa famille à Aix.

C’est là qu’après plusieurs projets infructueux, il put enfin superviser la construction d’un barrage et d’un canal qui porteront son nom. Un projet audacieux, car il s’agit en Europe du premier barrage à voûte. On sait que ce barrage est situé près d’Aix, sur la commune du Tholonet, en aval du barrage de Bimont (qui lui est bien postérieur : 1952). Il a servi à alimenter Aix en eau, avant que le canal du Verdon, puis le canal de Provence, qui gère encore le barrage, ne prennent le relais. Il s’agit d’une grande innovation technique, avec une voûte en maçonnerie et un système intégré de production d’eau potable pour une ville ; cette technique du barrage à voûte ne sera reprise en France qu’au XXème siècle. Ce barrage, souhaité par la municipalité, se voulait une réponse à l’épidémie de choléra de 1835, afin d’alimenter Aix en eau potable, ce qui a été un grand changement dans l’histoire de la ville : qui peut imaginer Aix sans son eau et ses fontaines ? Mais rien n’a été simple, le projet n’a été adopté qu’en 1843 et les travaux ont commencé en 1847 seulement. Malheureusement, peu après le début des travaux, Zola a pris froid en allant à Marseille et il est mort d’une pneumonie le 27 mars 1847, à 51 ans seulement. Il sera enterré au cimetière Saint-Pierre à Aix. Sa famille sera rapidement ruinée, en raison de manœuvres de créanciers de la société du canal Zola. En 1852 la société est en banqueroute et elle sera vendue aux enchères en 1853. L’ouvrage est inauguré en 1854 et le barrage prendra le nom de Zola en 1871, de même que le canal d’Aix devint canal Zola.

A la mort de François Zola, sa femme, Emilie Aubert, qui n’avait pas 30 ans, et son fils Emile, qui n’avait pas encore 7 ans, se sont donc trouvés dans de graves difficultés financières. La vie d’Emile est plus connue que celle de son père et il suffira d’en rappeler quelques éléments intéressant Aix. Emile Zola était né à Paris le 2 avril 1840 et la famille s’installe à Aix en 1843, quand François a obtenu le contrat pour les travaux du barrage et du canal. Emile n’est donc pas né à Aix, mais il y est arrivé à l’âge de 3 ans. La famille s’installe 33 Cours Saint-Anne (33

bis Cours Gambetta aujourd’hui), puis 6 Traverse Sylvacanne (12 aujourd’hui) de 1843 à 1852. Emile a commencé ses études à la pension Notre-Dame, pendant 5 ans, de 7 à 12 ans, ne sachant donc jusque-là ni lire, ni écrire. Ensuite, il a été, à 12 ans, pensionnaire, en 8éme, puis demi-pensionnaire, (de la sixième à la seconde, ayant sauté la classe de septième) au collège Bourbon (actuel collège Mignet, rue Cardinale)), où il s’est lié d’amitié notamment avec Paul Cezanne, plus avancé d’une classe que lui. Celui-ci le défendra lors d’une mémorable bataille dans la cour de récréation (Zola le remerciera en lui apportant un panier de pommes !). Il restera son ami proche au moins jusqu’en 1886 (Notons d’ailleurs que Cezanne peindra un tableau du barrage Zola, tableau qui se trouve au musée national du pays de Galles). Un fils de pauvre (Zola) et un fils de « nouveau riche » (Cezanne), l’un et l’autre un peu en marge de la société aixoise traditionnelle. Aix, « Magnifique endroit, gens détestable » dira Zola. Emile Zola était alors, déjà, passionné de littérature, ayant très jeune la vocation d‘écrivain (Cezanne sera un de ses premiers lecteurs), écrivant un roman dès la classe de sixième ! Il semble avoir détesté la cantine du collège, mais apprécié les nombreux prix qu’il recevait, tandis que son accent parisien semblait bizarre aux Aixois ! Madame Zola et son fils s’installent ensuite en 1852 route de Vauvenargues (Pont de Béraud) et en 1853 au 8 rue Longue-Saint-Jean (actuelle rue Roux-Alphéran). Mais les déménagements se succèdent au fur et à mesure des difficultés financières croissantes : rue du Mouton (rue Constantin) en 1854, au Moulin à vapeur, Cours des Minimes en 1855, enfin dans un petit deux pièces en 1857/58, au coin de la rue Mazarine, leur dernière adresse à Aix. C’est dire que Zola connait bien toutes les rues d’Aix, comme les environs où il va en balade avec ses amis, dont Cezanne, notamment au bord de l’Arc.

Zola a brutalement quitté Aix pour Paris dès 1858, donc à 18 ans à peine, au milieu de sa classe de seconde, y rejoignant sa amère, qui avait tout vendu, n’ayant plus d’argent et s’était installée à Paris, espérant trouver enfin une solution financière. Zola vendit les derniers meubles pour payer son billet de train. A Paris, il se créa un groupe d’amis comportant de nombreux Aixois. Inscrit dans un lycée parisien, il va échouer deux fois au bac en 1859. Mais les liens avec Aix ne sont pas rompus, non seulement par ses amis, à commencer par Cezanne (cependant, la publication en 1886 de « l’œuvre », décrivant un peintre raté, va mettre à mal leur relation), et par des vacances d’été à Aix, même si ensuite il n’y revint que peu, mais aussi dans ses ouvrages (et on dit également qu’il a essayé de se faire nommer sous-préfet d’Aix en 1870, en allant voir le gouvernement réfugié à Bordeaux). Dans sa tête il était toujours à Aix, tant son adolescence aixoise l’avait marqué. La série des Rougon-Macquart, qui comporte 20 romans, publiés entre 1871 et 1893, (Zola écrira en tout une cinquantaine d’ouvrages) et qui constitue une « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire », se déroule en partie dans la ville de Plassans, ville d’origine de cette famille, dont le nom sera même donné à un des tomes, « la conquête de Plassans ». Or il est clair que Plassans, c’est Aix, où Zola a passé sa jeunesse et dont il s’inspire largement. Le plan de Plassans ressemble étroitement à celui d’Aix, ainsi que la distinction des trois quartiers principaux, le vieux quartier, le quartier des nobles et la ville-neuve. Beaucoup de rues correspondent, avec des noms différents bien entendu, et le Cours Sauvaire est évidemment notre Cours Mirabeau et le collège, c’est notre collège Mignet (Bourbon à l’époque)

Il n’est pas nécessaire d’insister sur l’œuvre littéraire de Zola, qui connaitra peu à peu le succès, puis les honneurs. Et on connait son rôle dans l’affaire Dreyfus, avec son célèbre « j’accuse », lettre ouverte au Président de la République, publiée en 1898 dans l’Aurore, démontant toute la machination contre Dreyfus. Cela l’a conduit à être traduit en justice, condamné, l’amenant à s’exiler en Angleterre, puis rentrant à Paris innocenté après 11 mois d’exil. Son rôle a été

déterminant pour faire éclater peu à peu la vérité, au-delà de toutes les haines et polémiques, mais cela lui vaudra beaucoup d’ennemis, contribuant probablement à lui fermer les portes de l’Académie française. Zola meurt à Paris le 29 septembre 1902 asphyxié par des émanations toxiques issues de la cheminée de sa chambre, dont l’origine interpelle, surtout compte tenu de ses nombreux ennemis. Ses cendres seront transférées au Panthéon en 1908.

Aix n’a pas voulu séparer le père et le fils, ni oublier le père au profit du seul fils ; voilà pourquoi, contrairement à la plupart des villes françaises, nous n’avons pas un boulevard Emile Zola, mais un boulevard François et Emile Zola. Quant au buste d’Emile Zola, il a connu bien des malheurs : installé place Ganay en 1911, son inauguration a fait l’objet de manifestations et de bagarres, tant Zola était encore, à l’époque, près de dix ans après sa mort, controversé ; puis les Allemands vont fondre le buste pendant la guerre ; et enfin le buste a été refait à partir du moule d’origine et il se trouve désormais Parc Jourdan.

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